Tribune libre : « Si j’enseigne, c’est pour apprendre. » !
Par Romuald NDONG ASSOUMOU
Enseignant Certifié d’Histoire – Géographie,
Master en Histoire des Sociétés et Civilisations Africaines.
Master en Histoire des Sociétés et Civilisations Africaines.
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« L’école est le berceau de la République » déclarait
l’ancien Premier Ministre français Lionel Jospin en juin 1997 durant sa
déclaration de politique générale devant le parlement. C’est parce que la
situation qui prévaut actuellement à l’école publique mérite l’attention de
tous que je me suis permis de faire cette tribune.
Je vais me permettre le singulier
parce que j’assume l’entièreté des propos qui soutiennent cette publication. Il
y a quelques années que je me suis engagé dans le monde de l’éducation. Un
engagement qui n’a nullement été le fruit d’une accumulation d’échecs scolaires
ou d’un chômage, mais d’une aspiration profonde et un choix conscient.
Quoi de plus beau que de voir un
enfant, qui au mois de septembre ne savait rien ni des chiffres encore moins
des lettres, en juillet récite l’alphabet et parvient à compter de 0 à 50 voire
100 ? Si, je me suis engagé à l’enseignement, c’est pour contribuer à
préparer les futurs citoyens à sa vivre dans notre société moderne, dépendante
de l’économie et la finance, mais aussi de révéler et développer les talents
ainsi que les capacités latentes et intrinsèques à chaque apprenant.
« Jardiniers en intelligences humaines » de Victor Hugo,
les enseignants, nous avons le devoir de conduire les élèves sur le chemin qui
les appelle à aller à la rencontre d’eux – même, des autres ainsi que de leur
environnement. Une tâche pas facile au demeurant.
J’ai pu remarquer, depuis
quelques années, qu’un certain nombre d’actions, liées aux balbutiements des
politiques publiques en matière d’éducation, sont de nature à décourager les vocations et à
freiner l’élan de ceux qui par conviction ont choisi d’enseigner.
Pour Noël Mamère, « l’école est le grand média de la
République ». A ce titre, les gouvernants doivent classer l’école
comme une priorité nationale. Etant, au – delà de tout, le lieu où l’Etat
véhicule son évangile républicaine. De l’avènement des premiers syndicats vers
1989 à nos jours, les revendications restent les mêmes. Les structures
d’accueil sont insuffisantes, absence d’une gouvernance scolaire viable, une
gestion approximative des carrières, etc… Un chapelet de revendications
auquel l’organisation des Etats généraux
de l’éducation et de la formation de 2010 n’a toujours pas trouvé de remède
définitif. L’Etat doit remettre l’école au centre de la République. Car, il
s’agit d’une « plate – forme où il y a un minimum d’égalité et dans
laquelle on peut se sentir citoyen » selon
Faïza Guène.
Il est étonnant de constater la
léthargie et l’incompétence qui
caractérisent désormais l’Inspection Générale des Services, la Direction
Centrale des Ressources Humaines, les Directions de l’Enseignement, les
Directions d’Académie et même l’IPN. Comment comprendre qu’un enseignant puisse
aller au terme d’une année sans être inspecté sur ses usages pédagogiques?
Comment expliquer l’immobilisme qui caractérise les responsables des DAP/DAL,
qui n’arrivent même pas à engager des visites dans les bassins pédagogiques
pour être au contact des enseignants et de leurs conditions de travail?
A un moment où la tendance est au
constructivisme, qui invite à la
contextualisation, l’IPN est dans l’incapacité de proposer de nouveaux
curricula pour être en phase avec les approches éducatives actuelles. A quoi
sert la DCRH au Ministère de l’Education Nationale, si le suivi des carrières
continue à être mener par les enseignants eux – même ? C’est finalement
grâce à la rue que les professionnels de l’éducation parviennent quelques fois
au salut.
Le Ministre et son cabinet se bornent à faire
des « Etats généraux de l’éducation
et de la formation » leur bréviaire. Or, les principales
recommandations de ses assises n’ont pas encore eu un début de
concrétisation. Le Nouveau Système de
Rémunération n’a d’égal que la légèreté du panier de la ménagère. La promesse de construction de neuf collèges
et huit établissements primaires à la suite de la signature d’une convention
d’un prêt en 2016 entre le gouvernement et l’AFD a mis les enseignants en mode « Saint Thomas » au regard
des expériences passées. Les conseillers du Ministre donnent l’impression de
réinventer la roue. Ils le poussent à prendre des décisions impopulaires,
inadaptées et sans réel impact pour l’amélioration du système éducatif. Laissant
croire que l’école n’est plus une priorité républicaine. Une attitude qui n’a
de concurrente que la démobilisation des parents d’élèves.
La famille a toujours été au cœur
des dispositifs éducatifs qu’il s’agisse du droit traditionnel ou moderne. La
Constitution de la République, en son Article premier, alinéa 16, stipule
que : « les soins à donner aux enfants et leur éducation constitue
pour les parents, un droit naturel et un devoir. Les parents ont le droit, dans
le cadre de l’obligation scolaire, de décider de l’éducation morale et
religieuse de leurs enfants». La seule responsabilité de l’Etat est donc d’en
assurer l’ « égal accès ». Le choix relève d’abord des parents. Il
est incompréhensible qu’on assiste au spectacle actuel mettant en évidence leur
irresponsabilité.
Depuis un certain temps, la mode
est à la création des associations des parents d’élèves dans les établissements
scolaires à travers le pays. Il en existe même une fédération. Ces structures,
devant être des partenaires pour les responsables administratifs et les
enseignants, ne jouissent guère d’une bonne réputation. Personne ne sait
d’ailleurs à quoi sert l’allocation budgétaire qu’elles perçoivent. Personne ne
peut dire où est – ce qu’elles se réunissent et à quelle fréquence.
Je me suis souvent demandé, si
l’école à laquelle me conduisait de force feue ma grand – mère, illettrée de
son état, a toujours le même retentissement dans le cœur des parents du 21e
siècle? Comment perçoivent et appréhendent – ils l’école de nos jours? Est – ce
toujours pour eux « celle qui donne à chaque enfant le maximum de
chances »? Devrions – nous croire qu’au Gabon, ils ont choisi pour leurs
enfants la voie de l’échec? Le développement du banditisme dans les cours de
récréation m’encourage à le penser.
Le parent gabonais pense que l’école en général et l’enseignant en
particulier doivent se substituer à lui et à la famille. Oubliant que
« l’éducation n’est pas le fait de l’école, mais bien de quelques vertus
qu’on porte en soi». Ces « vertus» sont en fait le produit de l’éducation
de base. Où, on nous appris à dire « bonjour » ou à ranger notre lit
au réveil. Le constat est plus qu’affligeant. Ils ne sont plus nombreux ces
parents qui arrivent à faire le suivi scolaire de leurs enfants. Seraient – ils
devenus des parents « alimentaires »? Je suis tenté de le croire. Leur
insouciance est plus que patent. Seul compte le passage en classe supérieur de
leur enfant, surtout depuis l’érection du redoublement en sacrilège dans notre
société. Un redoublement dont les raisons sont souvent multiples mais, qui pour
eux, trouve son origine dans les grèves incessantes des enseignants.
Le système éducatif gabonais vit
au rythme des grèves depuis 1990. Une situation liée aux revendications que
j’ai énumérées plus haut. S’il est difficile d’en vouloir aux enseignants
d’exercer leur droit à la grève, il m’est permis de dire ici que la fréquence
des grèves a fini par déconcerter l’opinion et a favorisée l’avènement des
« business school » au Gabon.
L’école publique, qui jadis était
la locomotive de l’éducation au Gabon, n’est plus que l’ombre d’elle – même.
Au-delà, des questions infrastructurelles, les débrayages perpétuels ont fini par convaincre les parents d’essayer le privé.
Ainsi, de tous les degrés, l’attrait pour le secteur privé ne se justifie que
du seul fait des grèves dans les structures scolaires publiques.
Le temps, des revendications
purement syndicales, est révolu. La
qualité de ceux qui dirigent le mouvement jette plus que jamais de l’opprobre
sur la corporation. Les aspirations des enseignants sont désormais une
couverture vers la conquête d’une épaisseur politique. Des alliances contre
nature et autres arrangements déconcertent la base qui se sent abuser mais
préfère se taire pour éviter d’essuyer des quolibets et invective de tout
genre. La gouvernance syndicale elle – même a fini par faire éclore des
querelles de leadership qui ont fini par éteindre les nobles aspirations de ses
mouvements.
De cause à effet, la situation du
cycle infernal des grèves a fini par me convaincre de ce que : « les écoles doivent rester l’asile
inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas » comme
l’écrivit Jean Zay. Or, au Gabon, l’école est devenue le terrain de la
transposition des querelles politiques. Les syndicats ne sont plus que des
caisses de résonnance des partis politiques. Ces amalgames contribuent à la
disparition du prestige des enseignants. Il suffit de voir l’image qu’on
renvoie plus que jamais dans la société.
Nous sommes l’arisé du peuple au même titre que les hommes politiques.
L’enseignant, au regard de la
responsabilité sociale qui est la sienne, doit pouvoir être à la hauteur de la
confiance que la société a placé en lui. L’école en tant qu’ascenseur social
est en panne dans notre pays, ce à cause du syndicalisme démagogique. On est
plus enclin à encourager l’échec au détriment de la réussite. La meilleure
formule pour désigner cette aversion est certainement : « L’école pour échouer » du
titre d’un livre de Gilbert Nguema Endamane. Il ne me sera pas utile de parler
de la désinvolture dans l’exécution des instructions officielles, toute chose
concourant à faire de l’école gabonaise, « une
école en danger. ».
Tout en dénonçant le fait de
faire mêler les aspirations politiques des individus aux revendications, j’en
appelle à la mise à plat des bureaux des syndicats et j’invite à l’avènement de
nouveaux leaders. Les bureaux actuels des syndicats ont montré leurs
limites à être de véritables caisses de résonnance des revendications du monde
de l’éducation. Il nous faut de nouvelles personnalités qui n’ont aucune
relation avec les partis politiques, qui n’ont aucune autre ambition que celle
de servir l’école gabonaise. Chaque enseignant, dans son fort intérieur, doit
se demander si l’agenda actuel des syndicats reflète ses aspirations
professionnelles. Est – ce qu’ils défendent toujours le motif de son engagement
dans la grande famille des enseignants? Doit – on continuer à détruire alors
que nous devons être des bâtisseurs? Devons – nous continuer à suivre des
personnes qui ont dévoyé la cause syndicale?
La politique n’a pas sa place à l’école!
Pour moi, l’enseignement est un
choix de vie et je dis de tout cœur avec Joseph Joubert
que : « si j’enseigne, c’est pour apprendre, [car], enseigner,
c’est apprendre deux fois. ». Il faut de ce pas que chaque enseignant
reparte aux origines de sa vocation pour qu’ensemble nous travaillions au
développement de la « nouvelle école gabonaise ».
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